Le 19 juin, le père Youhanna Al-Amin a été assassiné au Soudan. Sa mort s’inscrit dans une vague de violences qui touche l’Église et plus largement le pays tout entier.
Dans un communiqué publié le 21 juin, l’organisation Aide à l’Église en Détresse (AED) a révélé l’assassinat du père Youhanna Al-Amin, curé de la paroisse Saint-Vincent à Kauda, au Soudan. Selon ses informations, il a été tué après avoir dénoncé au sein de l'église un vol de médicaments destinés à la population locale.
La région des monts Nouba, où vivait le religieu, est au cœur de tensions croissantes et de conflits internes entre factions armées. Face à cette situation, certains religieux avaient été évacués, mais le père Youhanna Al-Amin a préféré rester auprès de ses fidèles. Il est ainsi devenu "l’un des rares prêtres à exercer encore son ministère dans cette région profondément touchée par la violence", a déclaré l’AED.
La guerre civile au Soudan fait rage depuis trois ans, opposant les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) depuis le coup d’État du 15 avril 2023. Il s’agit de l’une des plus graves crises humanitaires au monde, avec près de 400 000 morts et plus de 11 millions de déplacés.
"Les chrétiens vivent une sévère persécution"
La chute du régime d’al-Bashir en 2019, qui avait persécuté les chrétiens pendant 30 ans, n’a pas ouvert la voie à une paix durable au Soudan. Malgré les espoirs de réformes annoncées par le Conseil civil de transition, un coup d’État en octobre 2021 a interrompu le processus. Un an plus tard, la police des mœurs a été rétablie et le pays est resté "hostile" envers les chrétiens.
Depuis le début de la guerre en avril 2023, les chrétiens sont ciblés et "vivent une sévère persécution", rapporte l’ONG Portes Ouvertes. Elle indique que près de 150 églises "ont été endommagées".
"Menacés par les groupes extrémistes, ignorés par la communauté internationale, les chrétiens vivent une sévère persécution, dans un climat de peur. Quant aux convertis d’arrière-plan musulman, ils sont si persécutés qu’ils n’osent pas élever leurs enfants dans la foi chrétienne."
Interrogé par l’ONG, Rafat Samir, responsable d’église soudanais, estime que "de plus en plus de zones sont touchées par les conflits", y compris les églises. En outre, certains groupes armés cherchent à se les accaparer.
De leur côté, les chrétiens qui ont fui vers le nord sont confrontés à la précarité : peu d’emplois, pression des groupes armés qui souhaitent les recruter, manque de nourriture et accès limité aux soins médicaux. Même si les chrétiens ne sont pas spécifiquement pris pour cible par les deux groupes armés, ils sont mis de côté et sont souvent les derniers à recevoir l’aide humanitaire, affirme Portes Ouvertes.
Mélanie Boukorras